L’alternative politique passera par l’éducation populaire

Tribune avec Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine (92) et Ulysse Rabaté, président de l’association Quidam, parue dans Libération le 19 mars 2019

En France et au-delà, les récents événements politiques ont fait surgir une même aspiration démocratique. Des mouvements d’occupation au soulèvement citoyen pour le climat, de la création de syndicats dans les nouveaux secteurs de métiers «ubérisés» aux luttes autonomes des habitant·e·s des quartiers populaires, les mobilisations spontanées se multiplient, se construisant souvent en opposition avec les formes politiques instituées. Notamment celles de la gauche telle que nous la connaissons.

Plus proche de nous, l’irruption citoyenne qu’a constituée le mouvement des gilets jaunes a démontré la vitalité démocratique et la soif de changement dans le pays. La méfiance à l’égard des grands médias et de la parole des experts autoproclamés a fait émerger un nouveau répertoire d’actions et de propositions politiques. La réticence, parfois farouche, à toute forme de récupération politique de la part des actrices et acteurs du mouvement n’a suscité chez nous aucune surprise. Nous connaissons la distance qui s’est creusée entre les citoyens et le monde politique, et assumons de dire que ce rapport critique peut aussi être salvateur pour notre démocratie.

Nous devons affronter une sérieuse contradiction : la nécessité de penser une alternative au néolibéralisme est une évidence chaque jour plus partagée, pourtant, elle peine à trouver les espaces politiques pour s’exprimer. L’affronter, c’est accepter de douter, de ne pas savoir. Considérer que la société doit préserver des espaces indépendants du pouvoir politique pour inventer, pour avancer, pour résister.

En 1947, c’est au nom de l’esprit de résistance justement que la direction de la culture populaire et de la formation politique des jeunes adultes fut créée à l’échelle du pays. Une idée simple dominait après-guerre : le goût de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ne tombe pas du ciel. Il s’apprend, s’enseigne et se découvre tout au long de la vie.

Nous avons besoin, plus que jamais, de l’éducation populaire

Chaque jour, des milliers d’actrices et d’acteurs associatifs composent l’éducation populaire, la redéfinissent et la font vivre. Certains s’en revendiquent en s’inscrivant dans une histoire riche et exceptionnelle dans notre pays ; d’autres décrivent un chemin en marge de cet héritage. Derrière l’apparent conflit entre les anciens et les modernes apparaît une ambition commune qu’il s’agit de discuter, formuler, défendre.

Penser ce nouveau cadre, en donnant la parole aux concernés sans a priori ni sectarisme, est un enjeu d’intérêt général et, plus que jamais, d’actualité.

Celles et ceux qui font vivre aujourd’hui l’éducation populaire se confrontent à des difficultés très concrètes, parfois de survie immédiate. La question du financement public est évidemment centrale et conditionne l’émergence d’une pensée indépendante du pouvoir politique. La baisse des dotations aux collectivités, premiers financeurs des associations, entretient inexorablement cette précarité et installe celles-ci dans des contradictions douloureuses.

Chaque lieu d’éducation populaire mis en péril laisse le champ libre au chacun pour soi et au repli. La période que nous vivons démontre pourtant à tous les égards qu’il faudrait ouvrir de tels espaces. Le besoin est immense de se former et de s’éduquer réciproquement justement au sens de l’éducation populaire, qui libère et émancipe.

Désir d’expression et de dialogue

Voilà pourquoi nous lancerons au printemps une démarche ouverte et inédite visant à une proposition de loi à l’Assemblée nationale pour défendre et développer l’éducation populaire. Nous avons choisi de nommer cette démarche quidam, cet individu dont on ignore ou dont on tait le nom.

Le grand débat a révélé le désir d’expression et de dialogue dans notre pays. Mais il a aussi et surtout constitué un grand moment d’aseptisation, entretenant une vision verticale du pouvoir où finalement seule la parole présidentielle est entendue. De nos quartiers à nos campagnes, combien de responsables associatifs, combien de bénévoles, combien de spécialistes du terrain devraient être considérés à leur juste valeur et participer bien davantage à l’action publique ?

L’action politique passe peut-être aujourd’hui par une position d’écoute et de recherche, en direction de cette «expertise de l’ordinaire». En favorisant le développement d’une pensée indocile, c’est sans aucun doute la société tout entière qui grandit et se protège.

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Tribune initialement paru dans Libération ici

 Danièle OBONO

Députée de Paris – 17e circonscription

La France insoumise

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